jeudi 9 avril 2015

Intermède



Site de rencontre again.

C'est une manne. Une manne à misère. Curieuse, je continue de surfer sur les profils. C'est lassant et peu grisant. Je me sens rabaissée à une espèce de marchandise plus ou moins avenante. J'ai l'impression aussi de reléguer les autres au même rang. 

Mais j'y suis pareille. 

Voyeuse.

Fascination morbide. 

Divertissement trash.

Tiens.
Un beau profil. Une belle photo surtout. Ce qui n'est pas si courant.
Un bel item dans la rangée d'épicerie.

Belle tête, chevelu, chemise un peu détachée, grisonnant avec cette belle lumière qui se reflète dans les yeux.
Rare que je trouve une photo de mon gout. Vraiment.

Je lui écris pour lui dire. Suis de même. Parce que je n'aime pas être en attente et me faire organiser.
Réponse tardive qui m'explique un peu sa situation.

Il est en couple ouvert et cherche une amante, juste pour lui,  pour des rencontres plus ou moins régulières. Sa copine a aussi des amants, des fois, et ils sont surtout échangistes.

Je lève les yeux au ciel! Un autre. C'est la grosse mode sur le site. Couples ouverts, libertains, polyamoureux….ou autres dérivations sur le même thème. Ça me fait toujours sourire un peu. Je n'arrive pas trop à me positionner sur la question d'ailleurs.

Anyway, je ne crois plus vraiment dans l'amour. Why not le polyamour et autres gugusseries pour les gens qui ont trop peu de misère dans leur vie pour autant réfléchir sur le sens du couple.

Il me demande si ça me va et si oui, si on pourrait se rencontrer, lui, sa copine et moi.

Heu, c'est comme une entrevue?

Il faut que j'apporte mon cv, mon porte-folio, mon rapport médical et des références de précédents amants satisfaits? 

Il trouve ça drôle. C'est juste que sa copine aime bien savoir qui il baise.

Bon, écoute. Déjà de rencontrer un gars tout seul c'est un peu stressant, si en plus je dois me taper la rencontre avec la blonde. Honnêtement, c'est un peu trop pour moi.

Puis c'est zéro érotisant. En plus.
 
Mais….

Je suis à la recherche d'expériences, de divertissements et d'histoires étranges à raconter.

Je suis à la recherche de mes limites. De ce que je peux faire et de ce que je ne peux pas. Je recherche autre chose que ce que je connais depuis mille ans sans savoir encore trop de quoi cet autre chose a l'air.

Vais y aller.

Juste pour le LOL comme dirait mes enfants.

Et, encore une fois, j'ai rien à perdre ou si peu.

St-Laurent, dimanche midi.

Je suis à l'heure. Eux non.

Je m'installe sur le bord de la fenêtre et je sors des corrections. Tant qu'à y être.!

Ils arrivent.

Je n'avais pas vu de photo d'elle.

C'est une haïtienne. Jolie, avenante, souriante.

Lui est plus posé. Il me dit vaguement quelque chose et ça va me titiller l'esprit durant tout le diner. On vient du même coin de Montréal, nous avons fréquenté le même Cegep en même temps, vais-je apprendre, mais mes souvenirs sont flous.

Ils s'installent, on commande à manger et on se jase ça.

Étrange pareil.

Ils se tiennent la main, se bécottent, se flattent le visage, me disent à quel point ils sont amoureux l'un de l'autre. Me parlent aussi de leur mode de vie. Le réseau des échangistes, les vacances échangistes, les codes échangistes, les bars échangistes. Ils parlent des bars de non échangistes comme des bars de moldu et cette référence puérile à Harry Potter me fait sourire.  Elle me dit à quel point c'est super et que c'est lui qui lui a montré cet univers merveilleux. Il est brillant et manipulateur, c'est indéniable. Elle me dit aussi que depuis qu'elle demande à rencontrer ses maitresses, il en a eu pas mal moins…Elle est indéniablement futée elle aussi.

Je les écoute. 

On discute technicalités. Il y a un flou juridique sur la question de passer la nuit chez lui. Ok pour le repas et la baise, mais la question du déjeuner est encore en litige. Ils doivent en reparler. Rien n'est moins érotique que ce diner même si c'est sympathique.

On se quitte sur la rue. Soleil de printemps. Il m'embrasse sur les joues en mettant une énergie qui se voulait pleine de sensualité.

Message dans ma boite de réception, un peu plus tard.

J'ai passé l'entrevue et je suis conviée à un souper, seule avec lui.

mardi 31 mars 2015

Chapitre 6?



Redescendre les escaliers.

Se faire saluer par cette lumière aveuglante de matin de printemps que les arbres nus ne peuvent retenir. Soleil sur la peau. 

Croiser un chat de ruelle venu mendier une caresse. S'arrêter pour le contenter un peu. Prendre le temps de s'arrêter. Avoir envie de prendre ce temps.

Se sentir bien et en accord avec soi-même.

Se sentir soi.

Sentir surtout que ce n'est pas nécessaire d'ajouter des chapitres à cette histoire. Que cette fin est belle en elle-même. Sentiment intense d'avoir surfé sur une belle vague venue mourir sur un bord de grève d'une ile magnifique.

Il m'écrira.

Je le sais.

Je lui répondrai.

Je réponds toujours.

On se reverra?

Je ne sais pas. 

Je ne sais même pas si je veux. 

J'aime les histoires qui finissent bien.

Ce serait tellement dommage de gâcher la fin.


"Juste un petit message pour te (re) dire tout le plaisir et la belle saveur qu'était cette soirée et nuit d'hier.
Je pense sincèrement que tu fais partie des personnes que c'est une chance de rencontrer.
Bien que cela sera compliqué sans doute de se revoir pendant que mon ami sera là pour les quelques semaines à suivre (un de ses amis français arrive lundi pour 3 semaines et il l'héberge dans sa chambre), le désir reste entier…."



lundi 30 mars 2015

Chapitre 5



Monter les escaliers.

Refermer la porte de sa chambre.

Des livres sur une petite bibliothèque qui accrochent naturellement mon regard. 

Chambre simple mais confortable. Grandes fenêtres. Le lit est fait. Un vélo dans un coin, une petite table basse, une carte du Canada avec un trajet tracé au feutre noir.

Il branche son téléphone. Met de la musique. Mots clés "sex relax". Je le saurais plus tard et ça m'a fait pouffer de rire quand il m'a dit ça. Ça me fait encore rire d'ailleurs. Je veux "sex relax" dans ma voiture!

Lumières ok mais que je vais baisser tout de même un peu.

J'ai la pudeur de mon âge.

Depuis le début ou presque, j'ai cette envie très forte de devenir un beau souvenir de voyage.
C'est une belle idée, je trouve, être un souvenir de voyage.

C'est sans doute la plus belle des idées, d'ailleurs. Se placer entre la première neige sur la ville, la découverte des escaliers extérieurs des maisons montréalaises, la vue depuis le Mont-Royal et le plaisir d'entendre mille fois les gens dirent "tu veux-tu"? Envie d'être intimement lié, pour lui, à cette période de sa vie de voyageur un peu égaré à Montréal dans cette fin d'hiver qui s'éternise.

Devenir ultimement le genre de souvenir de vieux qui tient chaud au ventre et qui fait sourire quand on  se prend à le caresser, bien des années plus tard.

Faire partie de la quête, être l'exotisme.

Savoir être sa première "québécoise" et du coup, prendre cela très au sérieux.

Je suis patriotique, de même, moi. Très hospitalière de nature. Fière d'être descendante de ce peuple chaleureux au cœur plus grand que nature. Une race de survivantes sur un sol aride.

Du coup, je suis toutes les Québécoises, l'espace d'une nuit.

(…)

Et, je n'arrive pas à trouver les mots pour décrire.

Ou ils sont trop pauvres et fades pour partager ce qui a été.

Faudrait que je poétise, ultime recours.

Il n'y eu pas une nuit au fait, mais mille nuits dans une.

Nuit blanche faite de parcelles de multiples moments.
Pleine.

Ah oui, du sexe très certainement, mais il fut là presque comme un accessoire. Comme si le but était ailleurs que dans la quête du plaisir purement physique.  Il y avait, cette nuit-là, que deux humains contents, avant tout, de se mettre à nu et de s'enrouler de l'autre. Un partage éphémère d'humanité.

Se respirer le visage, s'assoupir dans un souffle, bouche contre bouche. Laisser ses mains s'égarer dans les plis, les recoins. Masser. Toucher inlassablement. Parler aussi. Entre chacune des fois. Parler comme seuls les amants peuvent le faire. Avec l'odeur de l'autre en soi. 

Voix douces et rauques de nuit.

Maladresses aussi. De ma part. De la sienne. Nous n'étions pas dans un film de soft porn. On était dans la fucking de vraie vie avec tout ce qui vient avec. Maladresse de premières fois où le corps de l'autre demeure une énigme. 

Lâcher prise, un peu.

Trouver que la lumière éteinte c'est un peu plus facile. Se sentir bien dans le regard qu'il pose. Savoir que nous sommes heureux d'y être, ensemble, dans ce moment présent.

Savoir aussi avec certitude que ça pourrait finir là, comme ça et que ça serait vraiment beau.
L'histoire qui fait du bien est dans la boite.
Peu importe la suite des choses.

-Tu veux que j'y aille
-Chut, je ne veux pas que tu partes.

Le sentir sincère. Le croire.

Se réveiller. Le voir lever un œil sur moi.

-T'es belle le matin

Rire parce qu'il est un tantinet menteur.
Faire l'amour dans le jour naissant avec ce soleil qui pénètre la chambre.

Pour la dernière fois.
Pour la dernière fois?

Avant que je ne parte.





Chapitre 4



S'écrire.

Parce que c'est séduisant. 

Souvent bien plus érotique que d'autres choses. Pour moi, mais pour tout le monde aussi même si les gens ne s'en rendent pas toujours compte. Il y a un pouvoir puissant dans la correspondance. Très. C'est une arme de destruction émotive et charnelle.
Massive

C'est un jeu. Celui du chat et de la souris. Du non-dit. Un pas de deux. Un ballet. 

Je suis une fille de mots mais c'est le plus souvent entre les lignes de mes silences que je parle le plus.

Pas simple par contre de trouver le ton. Errance un peu. Étrange aussi parce que je n'écris pas à un ami, ni à un possible chum. J'écris à un gars avec qui je vais faire, presque assurément, l'amour la prochaine fois que je vais le voir et que je ne connais que depuis quelques heures, sans plus. Un peu étrange pareil. Trash? Érotico-timide? Échange sur la littérature québécoise? Discussion sur le sens de la vie? Partage de vécu? Pas simple de construire un fil conducteur.

Je connais le couple monogame stable depuis mes 16 ans. Suis bonne en TA pour être la blonde de quelqu'un car je connais tous les codes. Là, j'avoue que je tâtonne un peu pour viser le plus juste possible. 

Mes mots le séduisent. Pouvoir enivrant qu'il me dit. Ils sont surtout chargés du sens que je veux bien leur donner. 

Je m'amuse aussi. Outre le lit, c'est mon terrain de jeu préféré.

On se construit un désir. Des attentes. Des bribes de partage de soi entrecoupées de liens vers de la musique qui nous parle. Je construis ce que je trouve important pour ne pas avoir cette impression de n'être qu'un trip de cul. Je construis aussi parce que j'aime les histoires qui sonnent bien et que, même si elles doivent finir rapidement, sont riches d'un tas de petites particules de plaisir. J'aime les histoires pleines et qui laissent des traces positives chez moi comme chez l'autre. Et j'ai surtout crissement besoin, en ce moment, d'une belle histoire fut-elle fugace.

Ce sera vendredi. Parce que nous aurons toute la nuit et plus. J'aime avoir du temps pour faire l'amour même si je laisse à l'autre toutes les portes de sorties possible pour qu'il ne se sente pas piégé. 

Tu sais, ce n'est pas obligé d'être toute la nuit, j'ai une voiture et je peux partir n'importe quand. Je peux aussi venir un soir de semaine, comme ça, si tu es tanné, tu sais que je vais nécessairement devoir partir de bonne heure.

Il trouve ça drôle ce qui ne l'est, en définitive, pas vraiment.

Je m'efforce vainement, de baisser ses attentes. Je suis une femme de 43 ans, pas certaine qu'il se soit déjà ramassé au lit avec ça. J'ai eu des enfants et même si je compense par de l'humour et une relative créativité horizontale, je ne me fais pas d'illusion et je ne veux surtout pas que l'autre s'en fasse. Et parce que toute habillée, mes failles ne paraissent pas, on ne discerne que peu toutes les marques que je porte sur moi.
En moi surtout.

Je me protège dans tout ça. Le sait-il?

Je me construis une carapace qui va me permettre de survivre à toutes les situations.
Je suis de celles qui restent lorsque le monde explose.
 
Au fait, c'est bien plus rassurant pour moi de coucher avec un homme de 50 ans. Qui aurait peut-être eu une femme, des enfants…qui en aurait sans doute vu bien d'autres. C'est moins confrontant, moins susceptible d'être blessant surtout.

Vendredi donc.

On ira prendre un verre avant.

J'aime ça. Parce que bon, même si la finalité est de se retrouver au lit, il y a tout un enrobage avant. C'est comme déballer un cadeau en faisant un peu attention de ne pas scrapper le beau papier.

Vendredi glurp.

Appréhensions tout de même. J'ai l'impression que je m'en vais prendre l'avion avec ce mélange d'excitation sur la perspective du voyage et de crainte sur les risques possibles de foncer dans une quelconque montagne alpine. 

19 heures, top chrono suisse.
Je suis rarement en retard.
Ou si peu souvent.

Il me rejoint dans ma voiture. Je le trouve toujours aussi beau, il sent toujours aussi bon et ses lèvres sont toujours aussi magnifiquement adéquates. Nos bouches sont contentes de se retrouver, nos yeux aussi. 

J'ai mis de la brume dans ses lunettes au sens propre et je lui dis en sachant pertinemment que pour lui, ça n'a pas d'autres références culturelles. 

On va boire un verre. Il me tient la taille en marchant. Il tombe des peaux de lièvres sur Montréal, pour de vrai et c'est juste beau.

J'aime ma ville et je suis fière de la voir, ce soir, si magnifique.

La distillerie sur Masson.

Un chouette bar avec une banquette en coin que nous squatterons quelques heures. Et on se parle, et on se touche, et on se frôle, et on sait où on s'en va sans être encore trop pressés d'y être. Certitude d'avoir du temps et que le chemin est aussi agréable que le but.
On a toute la nuit et à la limite toute l'éternité.
Conscient, tous les deux, du plaisir de l'attente et de la richesse du moment.
C'est un voyageur, ce jeune homme, qui s'en va en juillet en autobus jusqu'à Victoria, juste pour le plaisir de regarder défiler le paysage devant ses yeux pendant 3 jours. Un contemplatif.

Je me sens séduisante dans son regard. Il a ce tour, ce pouvoir de faire sentir une femme vraiment femme, belle, intéressante, attirante.

Pas si commun parce que ça ne s'apprend pas. C'est de même.

On parle de moins en moins et on s'embrasse de plus en plus. L'arrivée de nouveaux clients pour partager la banquette nous fait quitter le bar…

De toute manière, l'enregistrement était terminé.
C'était le temps de prendre l'avion.